PORTRAIT D'UNE COUREUSE - LUCIE ROCHON

Son amoureux est un grand sportif, habile dans tous les sports, incluant la course à pied. « Pour te dire, le premier cadeau qu’il m’a offert quand j’ai commencé à sortir avec lui, ce n’était pas un petit bijou mais des espadrilles … des New Balance pesants! Mais il s’est bien repris par la suite! »

En 1980, alors qu’il court sur le boulevard René-Levesque à Québec, il est frappé de plein fouet par un camion et est gravement blessé. Après un long séjour à l’hôpital, il garde des séquelles importantes et ne pourra plus courir.

Lucie fera sa vie avec lui et ils auront trois enfants, deux garçons et une fille, aujourd’hui âgés entre 25 et 32 ans.

Puis, il y a six ans, il décède dans un accident de la route. « Ça a été une grosse épreuve. Il n’y a pas une journée où je ne pense pas à lui. C’était une personne exceptionnelle. Mais il me reste mes trois enfants que j’adore. J’ai perdu mon grand pilier mais j’ai mes trois petits piliers qui m’ont gardée forte, m’ont permis de passer à travers. Et la course m’a beaucoup aidée aussi. »

Évidemment, ces événements ont façonné Lucie.

Quand elle se pointe avec le Club il y a quatre ans, son talent crève les yeux. « Quand j’étais jeune, je faisais beaucoup de sport. À l’école primaire, j’avais gagné des médailles d’athlétisme. Le sport, c’est un peu naturel chez-moi, j’ai une facilité. »

Cette prédisposition est en partie génétique. Lucie raconte que sa grand-mère, née en 1900, lui avait dit un jour qu’elle avait gagné des courses à pied lorsqu’elle était jeune. « Je me suis demandé plus tard ce qu’elle pouvait bien avoir dans les pieds lorsqu’elle courait! »

De façon plus contemporaine, Lucie parle de ses parents qui étaient également sportifs et de son père, employé à l’université Laval, qui courait sur la piste intérieure du PEPS.

Depuis son adolescence, Lucie fréquente assidûment les gyms. Le ski alpin, le ski de fond et le vélo (montagne, route) sont autant de sports qu’elle a beaucoup pratiqués et, pour certains, pratique encore à l’occasion. Sans compter la course à pied qui a toujours fait partie de sa vie. « Depuis que je suis adolescente, j’ai jamais arrêté. Même enceinte, j’ai continué à bouger. Et j’ai toujours couru. Des petites distances, sans faire de compétition. »

Ses enfants sont également très sportifs. Ses deux gars ont joué au hockey à haut niveau, l’un dans une université américaine, l’autre dans la LHJMQ. Les fins de semaine de Lucie se déroulent plus souvent qu’autrement en déplacement à l’extérieur, afin de les suivre. « Je suis beaucoup allée en autobus avec eux-autres. Mais je trainais toujours mes espadrilles. J’allais courir tout le temps. »

Ce n’est qu’à l’âge de 46 ans qu’elle participe, encouragée par une amie, à une première course à pied à Québec, le demi-marathon des Deux-Rives. Durant les dix années qui suivent, elle reproduit le même cycle : début de son entraînement de course à pied au printemps et participation au demi-marathon des Deux-Rives. Dans cet intervalle, elle ajoute à son programme annuel le Défi des escaliers, course qu’elle adore et qui sollicite ses qualités athlétiques : « Mon conjoint était tellement fier de moi. »

Son décès en 2013 fut une source d’inspiration pour Lucie. En 2014, elle participe à Toronto à son premier marathon et c’est avec émotion qu’elle traverse la ligne d’arrivée en 3h28, rien de moins. « J’avais les larmes aux yeux quand j’ai franchi la ligne d’arrivée. S’il m’avait vue, il aurait tellement été content! »

Durant toutes ces années où elle participe au demi-marathon des Deux-Rives, elle remarque des pelotons de coureurs portant les couleurs jaune et bleu du Club. « Je me suis longtemps dit qu’un jour, je ferais partie de ce club-là. » Ce qui se concrétise en 2015, encouragé par un collègue à la ville de Québec qui est membre du Club, Jean-Pierre Théberge. « Courir seule, je trouvais ça difficile aussi. »

À partir de 2015, elle accumule les courses. L’année 2018, année de ses 60 ans, fut sa plus belle année de course en termes de performance. Que des podiums, incluant un PB en 3h25 à Ottawa (voir photo) et une 3e place dans sa catégorie d’âge à Boston, en présence du plus jeune de ses fils. « Je suis beaucoup allée en autobus avec eux-autres. J’ai trouvé ça l’fun que mon jeune revive la même chose avec moi à Boston. »

Et la pression qui vient avec ces belles performances? « Cette année (2019), ça me mettait un peu de pression avec l’année que je venais de connaître. »  À Boston, elle termine 11e dans sa catégorie d’âge. « Ce qui m’avait aidé en 2018, c’était le froid et la pluie. Je performe bien quand il fait froid. Mais cette année, la chaleur ne m’a pas aidé. Les deux derniers kilomètres ont été vraiment difficiles et pénalisant. »

Il y a quelques semaines de cela, Lucie abaisse son PB à 3h22 au marathon de Chicago, son septième marathon. Elle termine 2e dans sa catégorie d’âge.

À la retraite depuis deux ans, elle aimerait bien courir les six marathons qui composent les « Majors ». Pour le reste, Lucie a hâte d’être grand-mère! « J’ai dit à ma fille Catherine : je vais aller courir en poussette avec les bébés quand vous en aurez! » Si une catégorie « course en poussette » existe, assurément que ce petit ou cette petite aura de bonnes chances de monter sur le podium!